Apprendre à ralentir, réfléchir et sortir des pièges de la surconfiance
Dans une conversation, sur les réseaux, au travail, en famille…
As-tu déjà remarqué à quel point il est devenu difficile de dire simplement :
« Je ne sais pas. »
On a souvent l’impression qu’il faut toujours avoir un avis.
Une réponse rapide.
Une position claire.
Sinon, on se sent à côté. Moins légitime. En retard.
Je le vois souvent en accompagnement, et aussi dans ma propre vie :
ce réflexe de parler vite, de trancher vite, parfois… sans vraiment savoir.
Pas parce qu’on est incompétent·e.
Mais parce qu’on est pressé·e. Stressé·e. Sous tension.
Dans un monde qui va vite, douter semble presque interdit.
Et pourtant, c’est souvent là que commence la vraie réflexion.
Pourquoi on donne un avis… même quand on ne sait pas vraiment
Qui n’a jamais vécu ça ?
Une discussion entre amis.
Un sujet complexe. Politique, couple, société, éducation.
Et soudain, sans trop réfléchir, tu donnes ton avis.
Pas parce que tu es sûr·e.
Mais parce que le silence est inconfortable.
Alors tu remplis.
C’est humain.
Notre cerveau adore les raccourcis.
Quand il est fatigué ou sous pression, il cherche la solution la plus rapide.
C’est ce qu’on appelle les heuristiques :
des mécanismes mentaux qui nous aident à décider vite… parfois au détriment de la justesse.
Résultat :
- On simplifie
- On généralise
- On juge trop vite
Pas par méchanceté.
Par économie d’énergie.
Quand on croit savoir… surtout quand on sait peu
Il existe un biais bien connu en psychologie : l’effet Dunning-Kruger.
En résumé :
Quand on débute dans un domaine,
on pense souvent en savoir beaucoup.
Quand on progresse,
on réalise surtout tout ce qu’on ignore.
C’est pour cela que les personnes réellement compétentes sont souvent prudentes dans leurs propos.
Elles savent que la réalité est complexe.
À l’inverse, plus quelqu’un affirme avec certitude, sans nuance,
plus il y a de chances que ses connaissances soient limitées.
Ce n’est pas une attaque.
C’est un fonctionnement humain.
L’illusion de la surconfiance
Donner son avis sur tout, même hors de son champ de compétence, porte un nom : l’ultracrépidarianisme.
On le voit beaucoup aujourd’hui, notamment en ligne.
Des personnes parlent de sujets qu’elles maîtrisent peu,
avec assurance, parfois agressivité.
Pourquoi ?
Parce que la certitude rassure.
Elle donne l’illusion de contrôle.
Mais elle ferme aussi la porte à l’apprentissage.
Quand je crois que je sais,
je n’écoute plus.
Quand je doute,
je reste curieux·se.
Redonner sa place au doute et à la réflexion
Dire « je ne sais pas », ce n’est pas fuir la réflexion.
C’est lui redonner de l’espace.
C’est accepter de ralentir.
De questionner.
De nuancer.
Dans un monde saturé d’opinions,
prendre le temps de réfléchir devient presque un acte de résistance.
Le silence, parfois, est fertile.
Il permet d’écouter, d’observer, de comprendre.
Comment cultiver le doute au quotidien (sans perdre confiance)
Voici trois pratiques simples à intégrer dans ta vie :
1. Remplacer « je sais » par « il me semble »
Ce petit changement ouvre la discussion au lieu de la fermer.
2. S’autoriser à dire « je vais y réfléchir »
Tu n’es pas obligé·e de répondre immédiatement.
3. Poser une question avant d’affirmer
Au lieu de dire :
« C’est forcément ça le problème »
Essaye :
« Qu’est-ce qui te fait penser ça ? »
Ce déplacement change souvent toute la dynamique.
Le doute comme forme d’intelligence
Le doute n’est pas un manque de confiance.
C’est une forme d’humilité.
Il permet :
- d’éviter les jugements hâtifs
- d’approfondir sa compréhension
- de mieux écouter l’autre
- de rester en lien
Dire « je ne sais pas »,
c’est choisir la complexité plutôt que les réponses faciles.
Conclusion : la sagesse du « je ne sais pas »
Dire « je ne sais pas », ce n’est pas renoncer à penser.
C’est refuser de penser vite.
C’est choisir de penser juste.
Dans un monde qui valorise la certitude,
le doute devient un acte de courage.
La prochaine fois que tu hésites à parler, demande-toi simplement :
Est-ce que je réponds pour comprendre…
ou pour me rassurer ?
Parfois, le silence est déjà une réponse.
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